Henri de Castries assure l'équilibre d'Axa

31-05-2010

Zen de chez zen. Pas une once de stress ni le moindre signe d'anxiété dans l'attitude d'Henri de Castries ce vendredi soir. Nous sommes le 7 mai, un vent de fin du monde souffle depuis deux jours sur les marchés financiers de toute la planète. L'action Axa a dévissé de 20 % pendant ces séances noires sur fond de rumeur de surexposition au risque grec. Renseignements pris, malgré un portefeuille d'obligations grecques de 1,6 milliard d'euros, Axa perdrait au maximum 500 millions en cas de défaillance héllène. De toute façon, à Bruxelles, pendant le week-end suivant, un rempart de 750 milliards d'euros sera mis en place pour endiguer la panique.
Ce soir de krach, tout de même, le PDG d'Axa consent à jeter un regard sur son écran Reuters. La violence du choc semble presque le rassurer : « Les investisseurs viennent de lancer un signal aux Etats trop dépensiers. Ils nous rappellent que personne ne peut vivre indéfiniment au-dessus de ses moyens. Surtout, au travers de cet avertissement, ils nous font comprendre qu'ils pourraient désormais investir dans d'autres zones que l'Europe si aucune mesure sérieuse n'était prise. » Depuis dix ans qu'il tient la barre du groupe, Henri de Castries a traversé sans trop de dommages plusieurs tempêtes. Et en tire une grande fierté.

Indépendance
« Vous vous demandez comment nous avons fait pour être toujours en vie aujourd'hui,
 dit, en souriant le PDG d'Axa Notre recette est finalement très simple : d'abord, nous n'avons jamais changé de métier. Nous ne faisons que ce que nous savons faire. Ensuite, lorsque nous avons dû affronter l'éclatement de la bulle Internet, puis les attentats du World Trade Center en septembre 2001 , nous nous sommes rendu compte que nos profits venaient essentiellement des plus-values financières tirées de la Bourse. » Et Henri de Castries de conclure : « Nous avons décidé que désormais nos profits viendraient de notre métier au lieu de dépendre de la performance des marchés financiers. Enfin, nous avons choisi de nous développer sur un mix équilibre de croissance organique et externe. »
Preuve que d'un mal peut aussi sortir un bien, c'est donc à cause des fortes turbulences économiques mondiales du début des années 2000 que les assureurs, bien avant les banques, ont dû redevenir vertueux. Ainsi, en assurance-dommage, l'activité était structurellement en perte. Et, jusqu'à la fi n des années 1990, seules les plus-values financières réalisées sur les réserves techniques permettaient d'afficher des comptes positifs.

Rigueur
Arrivé aux commandes quelques mois avant l'éclatement de la crise financière de 2001 en tant que président du directoire, Henri de Castries a profité de ces circonstances exceptionnelles pour imposer un plan de rigueur sans précédent, visant à rétablir la profitabilité opérationnelle. En moins de deux ans, il a réduit les coûts de 1,3 milliard d'euros, soit 30 % de plus que le résultat net du groupe en 2002.
Pour y parvenir, le patron d'Axa a notamment engagé plusieurs managers issus de l'industrie, experts en cost cutting. Conséquence : le ratio combiné (charges nettes sur primes nettes) - l'un des indicateurs-clés de l'assurance-dommage -, qui était de 111 % en 2002, est tombé à 98 % en 2009. Et il espère bien le réduire encore de 1 ou 2 points dans les deux années à venir.
De même, un effort constant a été porté sur l'équilibre financier. Ainsi, le taux d'endettement du groupe est passé de 69 % en 2004 à 24,7 % en 2009, soit 4 % de plus que celui d'Allianz, le numéro un européen du secteur, mais 14 % de moins que Generali, le numéro trois européen.

Tentation
Encore faut-il savoir garder le cap. En l'occurrence, l'objectif que s'était fixé Henri de Castries, à l'instar de son prédécesseur Claude Bébéar, n'a jamais varié : rester un assureur. « Nous n'avons jamais utilisé la force de notre bilan pour faire autre chose que notre métier », rappelle-t-il. Dit ainsi, cela paraît évident. Et pourtant, nombre de professionnels du secteur n'ont pas résisté à la tentation de faire aussi de la banque : Allianz avec Dresdner, Fortis, ING et, bien sûr, AIG, la référence absolue du métier, longtemps numéro un mondial du secteur en termes de rentabilité, qui a disparu depuis.
Aujourd'hui, à l'exception de l'allemand Allianz, tous ceux qui avaient joué la carte bancaire ont soit disparu, soit sont dans un piètre état : ING va être scindé, Fortis a été démantelé et AIG a été dépecé. D'ailleurs, l'une des premières décisions du patron d'Axa à son arrivée a été de céder le plus rapidement possible, et en haut de cycle, sa filiale bancaire DLJ au Credit Suisse.

Diversification
Exit la banque. La croissance se fera dans l'assurance. « Pendant cette décennie, ils ont poursuivi leur diversification tant dans les métiers de l'assurance que dans les zones géographiques », constate Nicolas Jacob, analyste spécialisé chez Oddo Securities, pour qui « l'assureur français présente le profil de diversification le plus complet au sein des grands acteurs cotés en Europe ». Ainsi, après le rachat en 2004 de Mony aux Etats-Unis puis, à l'été 2006, du suisse Winterthur, 63 % du chiffre d'affaires d'Axa provient maintenant de l'Europe, 16 % des Etats-Unis et 9 % du Japon et de l'Asie. « S'il parvient à finaliser son opération en Australie, le groupe aura enfin les mains libres pour se renforcer en Asie, puisque son expansion dans cette zone est actuellement bridée par le régulateur australien », poursuit cet analyste. De même, alors qu'il avait montré une certaine réticence à s'implanter en Europe de l'Est, Axa y a gardé les positions de Winterthur.
Le même souci d'équilibre se retrouve côté métier : en 2009, 53 % du résultat opérationnel provenait de l'assurance-vie et des produits d'épargne, 33 % de l'assurance-dommage, et le solde de la gestion d'actifs : « Ce double mix de la diversification géographique et métiers a pour effet positif de réduire la volatilité », souligne Emmanuelle Cales, analyste à la Société générale.
Revers de la médaille : cette gestion prudente ne fait pas rêver les marchés. Le cours n'est jamais revenu aux niveaux de la fin des années 1990. Pis, en mars 2009, il est tombé à 6 euros. Aujourd'hui, l'action est à 13 euros et l'assureur pèse à nouveau une trentaine de milliards de capitalisation. Pas mal, mais la décote est tout de même de 20 % par rapport au secteur. Comment le patron d'Axa va-t-il s'y prendre pour que les marchés lui rendent enfin justice ? C'est le nouveau défi qui l'attend.

Une solidité à l'épreuve de Solvency II

Solvency II ? C'est, pour les assureurs, ce que Bâle II est aux banquiers, à savoir une règle internationale de réallocation du capital pondérée en fonction du degré de risque. Plus les superviseurs jugent les activités risquées, plus l'enveloppe de capital allouée doit être importante. Ces ratios sont en cours de négociation mais, sur ce point, le PDG d'Axa, Henri de Castries, est serein, « à condition que le dosage final qui sortira de la marmite des régulateurs soit réaliste », précise-t-il. Ainsi Axa a réduit la part des actions, actif risqué, dans son portefeuille. Sur un bilan de plus de 400 milliards d'euros, cette proportion, qui était de 20 % en 2000 et de 10 % en 2007, représente moins de 4 % aujourd'hui. Soit moitié moins qu'à Allianz et Generali. Pour Nicolas Jacob, analyste d'Oddo : « Avec un ratio de Solvency II estimé à 122 % sur la base des chiffres 2009 et à 150 % à l'horizon 2012, Axa est en position aussi solide que son grand concurrent Allianz. »

Source : Challenges.fr, 27/05/2010