Le projet d'université de l'assurance vu par Jean-Pierre Boisivon, président du CORA

03-03-2011

Le projet "Université de l'assurance" vient d'être lancé par la FFSA et le GEMA, quels en sont les principaux enjeux ?

Les en jeux se situent à trois niveaux :

Celui de la recherche, car l'assurance est un grand secteur d'activité qui met en oeuvre des métiers très divers et très complexes. La recherche sur le risque est bien prise en charge même si elle privilégie peut-être trop le risque financier par rapport au risque opérationnel. Mais il existe d'autres champs moins bien couverts.

Celui de la préparation à une entrée dans la profession. C'est l'objet des masters délivrés par les universités et les grandes écoles. Ils sont nombreux et l'un des objectifs de l'université de l'assurance sera de labelliser et de soutenir les étudiants qui satisfont aux critères de qualité requis.

Celui de l'acquisition d'une connaissance et d'une compréhension minimales de l'assurance, de ses métiers, de son rôle économique et social par l'ensemble des le secteur de l'assurance recrute Entre 10 000 et 15 000 p ersonnes chaque année jeunes qui ont suivi un parcours d'étudessupérieures. C'est probablement à ce niveau que se situe la principale faiblesse. Mal connue, l'assurance a une image médiocre voire une image inconsistante et, de ce fait, elle est peu attractive à un moment où les grands secteurs de l'économie vont devoir convaincre les talents de les rejoindre. Mal connue, elle est très vulnérable aux approximations et aux amalgames dès lors qu'elle se trouve engagée dans des controverses ou des polémiques.

Selon vous, quelles actions doivent être engagées pour renforcer les synergies entre le monde de l'assurance et celui de la formation supérieure ?

Gardons présent à l'esprit que la mission de l'enseignement supérieur est l'enseignement et la recherche, qu'un enseignant du supérieur construit sa carrière et sa notoriété sur sa production de recherche et qu'il enseigne son domaine de recherche. Plus la profession encouragera le développement de la recherche sur l'assurance plus celle-ci sera présente dans l'enseignement supérieur. L'université de l'assurance devra faciliter la production de thèses, notamment de thèses en entreprise grâce aux contrats CIFRE pour lesquels des crédits non utilisés existent.

Il lui faudra aussi développer la production du matériel pédagogique qui permettra à l'assurance d'être présente dans les enseignements de base des grandes disciplines. On peut illustrer un cours de marketing, d'action commerciale ou de ressources humaines par des cas d'assurance.

Enfin, la profession devra accroître ses possibilités d'accueil des étudiants, singulièrement des étudiants engagés dans les filières professionnalisantes en offrant davantage de stages, mais aussi de contrats d'apprentissage.

En quoi l'assurance est-elle un secteur d'avenir ?

Il faut expliquer aux jeunes que, quel que soit le point de vue d'où l'on se place, l'avenir de l'assurance s'annonce sous des auspices favorables dans la mesure où
s'ouvrent d'immenses espaces de développement.
On sait, par exemple, que le poids relatif de l'assurance est étroitement corrélé au niveau de développement économique. Or, le fait majeur de notre époque est que le développement économique, longtemps confiné à un petit nombre de pays européens et d'Amérique du Nord, intéresse aujourd'hui des continents entiers et des milliards de personnes. Dans la mesure où l'assurance met en oeuvre des techniques très sophistiquées qui demandent du temps pour être maîtrisées, tout permet de penser que les entreprises d'assurance de nos pays y joueront d'une manière ou d'une autre un rôle important et qu'elles offriront des opportunités intéressantes d'internationalisation des carrières à ceux qui s'y engageront. 

Mais dans nos pays même le champ de l'assurance est destiné à s'élargir. En France, par exemple, l'assurance, pour des raisons essentiellement idéologiques, a été maintenue à la lisière des grands enjeux sociaux. On voit bien aujourd'hui que les défis posés par le financement et la gestion de la santé, des retraites, de la dépendance ne seront pas relevés sans une participation significative de l'assurance. Pour de nombreux jeunes qui sont sensibles à la dimension sociale de leur vie professionnelle il s'agit d'une perspective stimulante.

 

Source : FFSA, 16/02/2011