Les années à venir s'annoncent difficiles pour les assureurs mutualistes

25-07-2010
Les mutualistes de l'assurance ont du souci à se faire. Selon la dernière étude de Facts & Figures, beaucoup d'entre eux sont confrontés à une dégradation de leur rentabilité et pourraient manquer de fonds propres pour satisfaire les futures exigences réglementaires formulées par Solvabilité 2.
Le cabinet de conseil spécialisé évoque la «décennie perdue» des années 2000, au cours de laquelle leur structure de coût, particulièrement en IARD, aurait augmenté de trois à cinq points de pourcentage, alors que les compagnies distribuant par agents généraux (comme Axa) ont vécu le phénomène inverse. «Il y a une dizaine d'années, il était usuel de voir ces dernières avoir un niveau global de chargements (frais généraux et commissions) de l'ordre de 34% à 36% de leurs primes. A la même époque, plusieurs MSI (mutuelles sans intermédiaires) étaient situées à des niveaux de l'ordre de 22% à 24%», explique Cyrille Chartier-Kastler, président-fondateur du cabinet. Aujourd'hui, la situation s'est inversée. Selon Facts & Figures, on trouve ainsi des MSI dont les ratios se situent entre 28 et 30%, alors que ceux des certains bancassureurs sont par exemple descendus sous les 27%.
Les MSI payent la création de structures centrales «groupe», qui peuvent regrouper entre 30 et 50 personnes souvent débauchées à grands frais. En outre, «elles ont dû constituer des équipes en prévision de la réglementation de Solvabilité II, alors que leurs grands concurrents capitalistes disposaient déjà de personnels très compétents sur le plan technique et financier», ajoute Cyrille Chartier-Kastler. Les MSI se sont également lancées dans d'onéreuses campagnes publicitaires (entre 30 et 80 millions d'euros par an). Enfin, le consultant évoque des projets informatiques trop ambitieux, rendus peu efficaces par l'archaïsme de certaines structures.
Conséquence, «bon nombre de mutualistes n'ont pas su profiter du haut de cycle de l'assurance pour renforcer leurs fonds propres», alors que Solvabilité 2 va en accroître le besoin. La réforme prudentielle risque d'ailleurs de bouleverser totalement le paysage français dans cinq à dix ans, avec un retrait total ou partiel des bancassureurs, qui, en l'état actuel des discussions sur Solvabilité 2 et Bâle 3, ont tout intérêt à privilégier l'épargne bancaire. En parallèle, le regroupement des acteurs de l'économie sociale devrait s'accélérer. 

Source : L'Agefi, 13/07/2010